Une autre vision du monde gay et lesbien.
Moins de stéréotypes, plus d'information.

Ais-je droit au salut ?

Ou comment j’en suis venu à me haïr


Ca fait longtemps que ce texte dort dans les entrailles informatiques de mon PC. Plusieurs fois j’ai failli vous le sortir mais à chaque fois, au dernier moment, je me retenais. Or, je suis actuellement au bord de la rupture et je pense qu’il va falloir que je me lance, en aveugle. J’ai horreur de ça.

J’ai 20 ans, je fais 1m92 et je pèse 84 kg (ni trop vieux, ni trop grand, ni trop gros). J’ai une vie normale (en comparaison de réelles tragédies qu’ont connu certains membres de ce forum). Je fais des études qui me plaisent, j’ai des « amis » qui sont là en cas de besoin. Extérieurement, je ne suis pas à plaindre. C’est intérieurement que rien ne va plus.

Je suis usé, fatigué. Nerveusement, j’ai atteins mes limites et psychologiquement, j’ai autant d’empathie qu’un glaçon. Au début du mois, j’ai eu une sacré engeulade avec une amie qui demandé si j’« étais vraiment humain ». Sur le coup, je n’ai pas relevé la question. Et puis, il y a eut cet article de Brutaldeath. Je n’ai pas réagit mais les répercussions ont été réelles. Du coup, j’ai 20 ans de vie qui me sont remontés en pleine figure (encore heureux, qui sait combien de temps j'aurais pu tenir dans mon état actuel ?).

Que je m’explique. Le mot qui explique TOUTE mon existence, c’est la maîtrise. Je dois tout maîtriser, tout contrôler. Comme Brutal, j’intellectualise toutes mes réactions, mais de manière différente. Tous mes actes sont envisagés sous l’angle de l’efficacité. Je recherche la solution maximale qui serve mes intérêts. Je suis calculateur, j’enfouis mes sentiments au plus profond de moi, là où je ne pourrais plus les entendre, où ils ne me gêneront plus. Et ensuite je compare : comment faire pour obtenir ceci ? me rapprocher de cette personne me sera-t-il un jour utile ? comment me servir au mieux de lui/elle pour obtenir ce que je veux ? Rien n’y échappe. Même ma vie privée y passe : je ne fais rien sans raisons. Je maîtrise mon image (quel doux euphémisme !) même celle que je renvoie à de parfaits inconnus. Ce n’est pas que je m’intéresse à ce qu’ils pensent de moi. C’est plutôt que je ne supporte pas de perdre le contrôle.

En conséquence, je suis froid, insensible. Rien ne me touche : je ne fais que « mimer » la réaction qui me semble la plus appropriée (il ne faudrait pas que les autres se doutent de quelque chose, je maîtrise mon image, encore et toujours). Des termes comme « amitié », « compassion » sont (presque) vides de sens pour moi. Je me renferme sur moi-même. Mais un tel contrôle a des conséquences. La pression que je m’inflige n’a pas (plus) de soupape (je fais du judo, ça a été suffisant, ça ne l’est plus). Du coup, quand je me sens agressé, ma réaction est démesurée. Une vraie explosion de violence. J’ai eu un problème avec un loubard, tard le soir, alors que j’étais encore au lycée (en terminale). Ce que j’ai fait est flou et vague mais je sais que je lui ai cassé le poignet. Et le sentiment général que je tire de cet événement est une joie sauvage. Tu parles, j’avais enfin un défouloir !

Mais je ne veux pas être comme ça. Je veux savoir ce qu’amitié veut dire, je ne veux plus voir les relations humaines au travers du prisme de l’efficacité. Je n’en peux plus : je suis isolé, seul dans ce cauchemar que j’ai construit patiemment et librement (je n’avais, d’ailleurs, aucune raison de la faire). Et je ne vois aucune porte de sortie : trop fier pour admettre mon erreur, trop égoïste pour demander de l’aide (et comme je déteste me faire plaindre, je vous laisse imaginer ce que me coûte, en l’état des choses, l’écriture de cet article). Je veux éprouver la sincérité et la spontanéité. Je veux vivre, tout simplement.

Je sais que tout ça peut sembler surprenant, surtout que je ne pense pas avoir donné l’impression d’un garçon insensible. Mais au bout de 10 ans de pratique, que pouvais-je attendre de plus ? J’ai atteint mon objectif et je floue mon monde même si ce forum a levé quelques unes de mes inhibitions. Mais là, je craque et tout mes repères sont remis en cause. Je suis perdu, j’ai besoin d’aide (ça y est, c’est fait, c’est dit).
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